Vous êtes ici

Cadres experts : les nouvelles règles du recrutement

GERALDINE DAUVERGNE Le 05/02l 
 
Les volumes de créations d'emplois de cadres atteignent des niveaux jamais vus. Pour mieux servir les entreprises, les cabinets de chasse de têtes affûtent leurs armes.

Damien Créquer a noté cette évolution manifeste. « Aujourd'hui, trois années passées dans une entreprise sont perçues comme une expérience consolidée, alors qu'il en fallait cinq il y a deux ans », précise l'associé du cabinet de conseil en recrutement Taste. Ce dernier en est d'autant plus persuadé que les cadres experts se montrent de plus en plus exigeants. Au cours des 140 missions menées par Taste en 2017, 25 % des candidats ont refusé l'offre qui leur avait été faite. Un chiffre qui a doublé en l'espace d'un an, et a même atteint 30 % au dernier trimestre 2017. En pleine guerre des talents, les entreprises n'ont aujourd'hui pas d'autre choix que prendre des risques sur les compétences et l'expérience des candidats. Explications.

Les FAANG tordent les règles du jeu

Sous l'influence des acteurs internationaux - Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Alphabet's Google (FAANG) -, avec la montée en puissance des investissements d'entreprises traditionnelles occupées à transformer leur modèle, les salaires des cadres en France ont commencé à grimper. Puis le turnover s'est brutalement accéléré en 2017. « Des entreprises comme Amazon ou Pinterest proposent des postes localisés indifféremment dans le monde, avec un niveau de salaire qui n'a rien à voir avec ceux que nous connaissions », explique Damien Créquer. Or Paris est très attractif pour les cadres, avec sa qualité de vie, ses loyers bas et ses dispositifs fiscaux intéressants pour les étrangers. « Plus d'un millier d'appartements ont été achetés à Paris, dont certains à plus de 5 millions d'euros, pour accueillir les financiers de retour de Londres.  Ces mouvements peuvent déséquilibrer nos capacités à recruter », ajoute-t-il.

Les statuts d'experts se décloisonnent

Les volumes de recrutement de cadres atteignent des niveaux jamais vus, confirme l'Apec : 215.000 en 2017, 225.000 attendus en 2018. Les banques ou les grands distributeurs détruisent toujours des milliers d'emplois dans leurs structures centrales. « Mais elles sortent de leur modèle pyramidal pour s'appuyer sur les forces opérationnelles et chercher l'innovation au plus près du terrain », analyse Damien Créquer, soulignant que cette création d'emplois ne concerne pas que les salariés. « Nous avons enregistré une croissance de 20 % de notre activité de chasse. Mais c'est le marché des indépendants qui progresse le plus vite, avec 150 % de croissance et 20 managers de transition sur notre planning, alors que nous n'en avions aucun voilà quatre ans. Certains directeurs financiers préfèrent aujourd'hui monétiser leur forte compétence et fragmenter leur temps de travail plutôt que d'accepter un modèle de salariat classique. »

Un concept de marque conversationnelle émerge

L'audience sur les réseaux sociaux est déterminante. « Nous avons 11.000 abonnés sur LinkedIn et la moitié de nos candidatures nous proviennent par ce biais, explique-t-on chez Taste.  Nous créons des contenus pour capter un public qui n'est pas dans une démarche active de recherche d'emploi. Nous voulons passer du concept de marque employeur assez figé à celui de marque conversationnelle. » Un autre axe stratégique passe par un équipement en nouveaux outils, notamment pour  trier les données en masse . Chez Taste, à chaque mission, ce sont désormais 800 à 1.000 profils de candidats potentiels qui sont passés au crible. Le cabinet utilise Mixdata, outil de Big Data que l'équipe a adapté au recrutement.

En savoir plus sur https://business.lesechos.fr/directions-ressources-humaines/ressources-h...